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Affaire Fillon / Des élus de droite sortent du bois en Occitanie

Nous avions déjà constaté la discrétion de nombre d’élus de droite depuis les révélations du Canard enchaîné. Un malaise quasi général s’était répandu en terres occitanes. Aujourd’hui quelques langues se délient : Arnaud Lafon et Jean-Marie Belin en Haute-Garonne, Michel Gabas et Pierre Tabarin dans le Gers ou bien encore un candidat aux législatives dans l’Hérault qui a souhaité rester anonyme. Ils souhaitent tous que leur candidat reprenne enfin la main, mais indiquent pour la plupart qu’il sont tout même inquiets de par le contexte général. Et Michel Gabas, maire d’Eauze, de dénoncer des agissements dans nos collectivités locales qui s’apparentent à ceux pour lesquels François Fillon est jeté en pâture : “C’est un bouc émissaire !” Des compagnes, des enfants, des membres de la famille seraient ainsi salariés dans des collectivités ou des structures parallèles. Des pratiques qui seraient courantes et connues de tous. Quand l’étique s’invite dans la campagne, et dérange la classe politique à tous les niveaux.

Des abus dans nos collectivités locales ? Scandales en vue

Il est un constat que nombre d’élus de la droite et du centre dans la région Occitanie se sentent plutôt mal à l’aise avec l’Affaire Fillon … Il faut dire que la colère citoyenne est bien là, palpable sur le terrain. Elle est entendue par ces élus. Dans la capitale de l’Armagnac, à Eauze, « tout le monde ne parle que de ça » nous confie l’édile LR Michel Gabas. Tous les matins ce dernier prend son café dans une brasserie du centre afin de prendre le pouls de sa population, et avoue désormais y constater que les gens sont « désabusés, déçus. Ils ne croient plus en rien. » Cela résonne comme une explication à la montée sondagière actuelle du couple Le Pen/Macron … « Aujourd’hui tout est possible ! » pour ce maire. En Haute-Garonne, les Fillonistes tiennent le cap sous la houlette de leur référent Jean-Marie Belin. Cet ancien journaliste ne veut pas entendre parler d’un retrait de son candidat : « Il n’est pas envisageable de céder à ce lynchage », nous confie t-il. Et dans un communiqué transmis aux rédactions de nous rappeler la sortie de François Fillon face aux journalistes lors de sa conférence de presse de lundi dernier : ” Je ne suis pas le candidat d’un parti, je suis maintenant face aux Français ; et je suis face aux Français, parce que j’ai été désigné à la primaire ! ”  La campagne continue donc pour Jean-Marie Belin qui vient d’ailleurs de lancer en Haute-Garonne le Conseil de la Société Civile : « Il regroupera les bénévoles, les adhérents et les sympathisants de nos comités de la primaire d’une part ; les comités thématiques d’autre part. » Le réprésentant de François Fillon en Haute-Garonne nous dit même constater que “la société civile résiste mieux à la tempête que la plupart des élus.” Comme un appel du pied à tous ces élus de droite qui ne se “mouillent” pas trop en cette période pourtant pluvieuse. Arnaud Lafon, maire LR de Castanet-Tolosan (31) et vice-président du Sicoval, a posté sur son mur Facebook un message qui a fait le buzz et qui apporte un soutien à l’ancien premier-ministre tout en ironie : « Avant d’être mis en examen pour trafic d’influence… J’avoue depuis plus de quinze annees avoir reçu des lettres de demande d embauche à la mairie. J’avoue avoir accordé des rendez vous à des personnes en recherche d’emploi. J’avoue également avoir pour complices des citoyens ou des associations… Contre toute déontologie, je me suis servi de mon carnet d adresses pour faire embaucher les postulants, quand je n’ai pu les faire recruter par la mairie. Je sais pourtant que ces missions ne relèvent que du Pôle Emploi et de ses organismes pour les emplois privés. Et du Cnfpt en ce qui concerne les emplois publics. Je sais qu’un maire doit administrer les affaires de la commune et confesse cependant passer un quart de mon temps à autre chose. » Pour Michel Gabas, l’Affaire Fillon et ses rebondissements quotidiens, permet de mettre en lumière « un système qui est à bout de souffle. » L’élu gersois pointe d’ailleurs du doigt là ou ça fait mal : « Ne croyez pas que ces pratiques d’un autre temps n’existent qu’à l’Assemblée nationale ou au Sénat. Fillon, c’est le bouc émissaire ! Regardons de plus près ce qui se passe dans nos collectivités locales qui pratiquent peut-être encore plus l’entre-soi. C’est aussi pour cela que les élus locaux sont pour certains mal à l’aise en ce moment … Les enfants, les compagnes ou compagnons, les membres de la famille … Il y a eu, et il y a encore beaucoup d’embauches de ce type dans les collectivités ou dans les structures qui dépendent des collectivités. Et il s’agit là d’emplois à vie !! Notre système politique est clairement archaïque et hors-sol ! » Et d’ajouter à cette critique au vitriol son expérience personnelle : « La mairie embauche tous les ans des jeunes dans le cadre de jobs d’été. Mes propres enfants voyaient leurs amis du rugby venir travailler à la mairie, et m’ont demandé s’ils pouvaient postuler. Je leur ai clairement dit qu’il en était hors de question ! L’étique en politique, c’est essentiel. »
La droite est otage de la situation, l’heure est grave
Peu de fédérations départementales des Républicains ont réagi à l’actualité brûlante. Plutôt étrange, non ? Dans le Gers, Pierre Tabarin, le porte-parole du parti, a décidé de ne pas rester muet et reste légitimiste : « La force de droite et du centre reste donc en majorité prête pour le débat présidentiel à venir. »

Reprendre vite la main, sinon …

Il va donc falloir coûte que coûte repartir au combat, car du résultat présidentiel dépendra également l’issue des prochaines élections législatives de juin prochain : « La situation de notre candidat nous rend cette campagne compliquée. Il est même difficile pour nous de travailler sur une stratégie bien précise. On avance à l’aveugle, avec des électeurs en colère qui n’hésitent plus à nous le faire savoir. Il y a quelques mois nous pensions avoir un boulevard, et aujourd’hui on peut raisonnablement penser que les candidats de Le Pen et Macron seront également hauts … Il y a de quoi avoir la rage !! », nous confie un candidat héraultais un brin pessimiste. Michel Gabas, lui aussi candidat aux législatives mais non investi par son parti, espère pourtant que le fond va de nouveau pouvoir être mis en avant : « On est en train de voler le débat démocratique aux Français ! On ne parle plus sécurité, emploi, santé et éducation. On préfère suivre les feuilletons médiatiques … » Pour le Gersois, Fillon doit reprendre la main en s’adressant avant tout au peuple de droite : « Il faut vite qu’il nous parle des sujets régaliens, et qu’il annonce comme il s’y était engagé les futurs ministres phares de son gouvernement. En mettant en avant des Baroin, Le Maire, Retailleau, il va rassurer son camp … C’est aujourd’hui primordial, sinon on prend le risque de rester inaudibles. Et il ne faut plus hésiter à démonter le programme économique de Marine Le Pen, ou à démasquer l’illusionniste Emmanuel Macron.» L’avertissement est lancé, même si pour ce soutien de la première heure « il n’y a pas de plan B, nous devons suivre François Fillon ! » Et de conclure avec gravité : « La droite est otage de la situation, l’heure est grave. Si cela continue, elle pourrait devenir orpheline. » Cette campagne présidentielle n’est décidément comme aucune autre.
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