FN et terrorisme : le double déni

Publié le 05 août 2016 |

Par Jean-Marcel BOUGUEREAU

Il faut bien se rendre à l’évidence : nous sommes pris en tenaille. D’un côté, le Front National continue, malgré sa soi disant diète médiatique, à planer au dessus de ses concurrents dans les sondages pour 2017, arrivant en tête des candidats de droite au premier tour, à l’exception notable d’Alain Juppé. Ce qui est nouveau, c’est que la dédiabolisation est en train de fonctionner. Jusqu’ici, le vote FN était honteux, caché, sous-déclaré lors des enquêtes d’opinion ce qui obligeait les instituts de sondages à redresser les chiffres bruts pour approcher la réalité des votes. Maintenant, les sondeurs remarquent qu’il y a très peu d’écart entre les opinions déclarées et les chiffres réels enregistrés aux élections. D’un autre côté, la menace djihadiste ne se dément pas. La France reste parmi les cibles prioritaires de Daech et elle pourrait même prochainement subir de nouvelles attaques. L’État islamique est pourtant en train de perdre du terrain en Irak, en Syrie comme en Libye, sous l’assaut combiné de la coalition occidentale, de la Russie mais aussi des peshmergas kurdes.

La classe politique est incapable d’y voir clair

Dans ces conditions, pour rééquilibrer médiatiquement ses défaites sur le terrain, les djihadistes semblent vouloir les compenser par des actions spectaculaires en Europe. Mais si l’on est désarmé face à ces deux menaces, c’est, me semble-t-il, que nous nous sommes longtemps cantonnés dans le déni, en refusant de nommer ces deux périls. Alors que les attentats islamistes ont ensanglanté la France à plusieurs reprises en 2015, il a fallu attendre le 30 Mars 2016 pour qu le Président de la République se décide à appeler par son nom « le terrorisme islamiste (qui) nous a déclaré la guerre » ! Jusque là, le mot d’ordre c’était « pas d’amalgame ». A gauche, ce déni est toujours assez courant, soit par crainte de stigmatiser les musulmans, soit par peur de perdre des voix dans les banlieues. Pour le Front National, le déni est d’un autre ordre. On ne voit toujours pas qu’il ne suffit pas de brandir la menace fasciste et de scander « F comme fasciste, N comme nazi » pour mobiliser contre le Front National, au lieu de se pencher sur ce qui attire les électeurs dans les propositions de Marine Le Pen. Ces deux types de déni contribuent à donner le sentiment que la classe politique est incapable d’y voir clair. Cela nourrit une demande d’autorité et même d’autoritarisme, de la part du corps social et pourrait, à terme, dangereusement miner notre démocratie.

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Sophie Lambert
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Sophie Lambert anime les pages opinions, signatures et tribunes, avec une attention particulière portée au débat démocratique local.

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