Simone Veil sinon rien

Publié le 11 juillet 2017 |

Par Stéphane BAUMONT

Peu de disparitions d’une grande figure de la République n’auront conduit à un tel hommage unanime, des réseaux sociaux à la Cour des Invalides en passant par tous les médias, leurs images et leurs éditoriaux : « C’est une grande Dame de France qui vient de nous quitter », pour Jean DANTEL, ajoutant : « Nous avons Simone VEIL, nous avons la France qu’elle incarne, nous avons les choix qu’elle donne » ; pour la philosophe S. AGACINSKI : « Son souci majeur était de graver dans le marbre le principe selon lequel la République reconnaît l’égale dignité de chacun » ; pour l’écrivain Philippe SOLLERS : « Ce qui me frappe le plus chez Simone VEIL c’est la cohérence métapolitique de sa démarche, l’Europe, les Droits de l’Homme, le libéralisme fondamental, la politique étrangère, tout se tient sans hésitation, sans peurs » ; « Au cœur de l’Histoire » pour la cinéaste Agnès VARDA alors que F.O. GIESBERT écrit : « D’ordinaire il suffit de mourir pour être aimé mais Simone VEIL était trop aimée pour mourir vraiment. Elle n’a pas fini de nous manquer ».

Une reine en république

Pour Jean-Louis BOURLANGES, ancien membre du Parlement Européen, Simone VEIL était « une reine en République », « une reine pour la vie », « femme d’honneur et d’humeur, de coups de cœur et de coupe de gueule » alors que B.H. LEVY salue son « pessimisme métaphysique », qui savait que « l’antisémitisme avançait sur deux pieds, celui du négationnisme et celui de la satanisation d’Israël ». Pour son ancienne collègue au Conseil Constitutionnel, D. SCHNAPPER (la fille de Raymond ARON), « Elle a donné une belle image de cette tradition du franco-judaïsme, de la nuit des camps à l’espérance pour l’Europe », ajoutant que S. VEIL « incarne une conception exigeante et non démagogique du centrisme ». Autant d’hommages et d’articles pour cette rescapée des camps de la mort, devenue icône féministe et européenne convaincue qui a marqué la seconde moitié du XXème siècle par la force de ses engagements. Le tout conclu par le pathétique « Maman » de Jean VEIL, l’un de ses fils, et la décision présidentielle de transférer Simone VEIL au Panthéon : « A la grande Dame la patrie reconnaissante », Simone VEIL « une histoire française » et une émotion publique impressionnante ! Nous assistons peut-être là aussi, ici et maintenant, à une forme « d’exaltation de l’histoire ». Une histoire de la Vème République qui suscite de multiples interprétations à l’aune de l’installation très rapide du Président MACRON, plus que jamais « JUPITER », maître des horloges qui sait tirer les fils d’une persistante crise du politique qu’il tente de régler par une communication à plusieurs vitesses tentant de réconcilier les « trois rêves français » (l’égalité, l’Europe et l’industrie) avec la modernité. Alain-Gérard SLAMA considère néanmoins que le Président MACRON s’est déjà abjuré trois fois. La première abjuration c’est l’hyper présidence condamnée par le candidat, rattrapé par l’interprétation gaullienne de la Constitution ; la deuxième abjuration réside dans la conviction que l’opposition droite-gauche est un leurre et qu’il est nécessaire de la dépasser (ce déni de l’opposition droite-gauche ne revient-il pas à un déni de la politique tout court où l’idée du gouvernement du centre qui ne soit ni de droite ni de gauche ou à la fois à droite et à gauche à toutes les apparences du réalisme dans le paysage politique d’aujourd’hui). Dès lors la principale différence entre la droite et la gauche tient aujourd’hui au fait que la droite soutient que la liberté est la condition de l’égalité tandis que la gauche professe que l’égalité est la condition de la liberté. La troisième abjuration a consisté – interprétation gaullienne oblige – à vouloir une majorité à sa main et à la sélectionner lui-même faisant oublier malgré lui que « la politique ce sont des idées » alors que « l’extrême-centre » c’est la technocratie. Se pose dès lors la question de la confiance que promet d’inspirer une majorité construite autour d’un programme ambigu et à géométrie variable entièrement placée dans la dépendance du Prince. Question à laquelle vient s’adjoindre la « ritournelle » réformatrice que le Président MACRON a contesté à Versailles en affirmant que la France n’était pas réformable ».

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Julien Roux
Julien Roux
Julien Roux suit les élus, les mouvements citoyens et les équilibres politiques des territoires d’Occitanie.

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