L’Occitanie certes en marche, mais avec des extrêmes qui s’implantent

Publié le 19 juin 2017 |

Thomas SIMONIAN – Directeur de la rédaction | @tsimonian

Le réveil a sonné comme d’habitude ce matin en Occitanie … Et pourtant, hier soir le paysage politique de cette terre du Sud-Ouest a bien évolué sous nos yeux. Jusqu’alors les socialistes et radicaux de gauche y régnaient face à une concurrence qui en bien des endroits étaient quasi résignée. Qui n’a jamais entendu au gré des scrutins, « nous sommes une terre de gauche, c’est impossible ! » ? Oui mais voilà, Emmanuel Macron est passé par là. Alors même si sur le plan national la victoire de La République En Marche ! est moins importante que celle qui avait été envisagé par les instituts de sondage, elle est significative dans notre région.

Aurélien Pradié (LR), une surprise venue du Lot / Photo : DR

Des terres de gauche qui se mettent en marche

Le phénomène Macron a fait basculer un électorat historiquement socialiste. L’exemple le plus saisissant est sans conteste la Haute-Garonne, qui comptait neuf députés PS sur dix. Or, depuis hier le rapport de force s’est inversé au profit des candidats macronistes. En effet, neuf députés de ce département portent désormais les couleurs de La République En Marche ! Seule la 8ème circonscription, remportée par Joël Aviragnet (un proche de Carole Delga, présidente de région), est sauvée par la Rose au poing … De même, on pensait le FN en capacité de remporter la cinquième circonscription de la Haute-Garonne suite à l’analyse des résultats des scrutins passés. C’était sans compter sur Jean-François Portarrieu (ex-directeur de cabinet de P. Cohen à Toulouse et de J.Bascou à l’agglo de Narbonne) qui a réalisé la campagne parfaite en réalisant même un score large 67,6 % … Certes, la vague Macron a joué à plein, mais le nouveau député a su dès le début de sa campagne se focaliser sur son adversaire FN et non sur les candidats UDI et PS qu’il savait analytiquement éliminés. Toujours en Haute-Garonne, on peut noter que l’effet national a balayé des députés qui avaient plutôt bonne presse, et dont beaucoup (tous bords politiques confondus) saluaient le travail. On pense ici à Catherine Lemorton (PS) et Laurence Arribagé (LR). Autre département symbole, le Lot, historiquement rose et terre électorale d’un certain Martin Malvy, l’ancien président tout puissant de la Région. Le résultat y est sans appel, et le PS rayé de la carte avec les victoires du jeune loup LR Aurélien Pradié et de la révélation LREM Huguette Tiégna.

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Quelques poches de résistance

Les socialistes ont donc résisté sur quelques circonscriptions, ce qui du coup a presque constitué une surprise … Il y a donc Joël Aviragnet sur la 8ème circonscription de la Haute-Garonne, Gisèle Biémouret sur la seconde du Gers et Valérie Rabault sur la première du Tarn et Garonne. Il faut ajouter à ces succès ceux des sortantes PRG Jeanine Dubié (Hautes-Pyrénées) et Sylvia Pinel (Tarn et Garonne). Une résistance certes, mais bien maigre.

Des extrêmes qui s’implantent

En Occitanie, la République En Marche ! est désormais très puissante, mais nous devons toutefois remarquer que les extrêmes s’y implantent réellement. Durablement ? Il y a d’abord eu nombre de seconds tours qui ont opposé des candidats macronistes à des représentants des tribuns Mélenchon et Le Pen … A la sortie il y aura tout de même trois députés FN (Gilbert Collard dans le Gard, Louis Aliot dans les P-O et Emmanuelle Ménard dans l’Hérault) et trois députés France Insoumise (Bénédicte Taurine et Michel Larive dans l’Ariège et Muriel Ressiguier dans l’Hérault).

Didier Codorniou (ici avec le tout nouveau député LREM, Jean-François Portarrieu) prêt à jouer un mauvais tour à Carole Delga ? / Photo : DR

Philippe Saurel n’est jamais avare d’efforts quand il s’agit de faire vaciller Carole Delga

Quid des collectivités ?

Nous l’avions évoqué dans ces colonnes à l’issue du premier tour. La Présidentielle puis les législatives pourraient désormais avoir des conséquences sur certaines collectivités. C’est désormais un secret de polichinelle, un groupe LREM est en cours de constitution à la Région sous la houlette du maire de Gruissan, Didier Codorniou. Le tout avec le soutien de Philippe Saurel, l’édile de Montpellier, jamais avare d’efforts quand il s’agit de faire vaciller Carole Delga … L’affaire est donc à suivre de très près, surtout si dans le même temps les Insoumis en font de même. La majorité régionale ne tiendrait alors qu’à un fil. Delga versus Codorniou, le match des semaines à venir. D’autant qu’il est impératif pour la présidente de Région d’arriver à tenir ses troupes, car elle pourrait avoir un rôle national à jouer dans la recomposition à venir du PS. Dans les deux métropoles, les maires ressortent renforcés de ces échéances électorales. Sans doute plus d’ailleurs Philippe Saurel que Jean-Luc Moudenc, car le maire de Montpellier est un soutien quasi de la première heure du candidat Macron à la Présidentielle. A Toulouse, les jeux sont un peu plus complexes … En effet, sur le papier Jean-Luc Moudenc ne peut que se réjouir avec deux de ses adjoints élus (Jean-Luc Lagleize et Elisabeth Toutut-Picard), mais il aura sans doute fort à faire pour garder ses troupes unies. L’édile de la ville rose a été élu avec l’étiquette LR (il a même été président départemental de la formation politique – à l’époque l’UMP – de 2010 à 2014) et comptait également plusieurs adjoints candidats, et donc tous battus par des représentants LREM, issus des Républicains (Laurence Arribagé, Bertrand Serp et François Chollet). Cela promet de belles petites querelles en coulisses, et certainement de nouveaux rapports de force. Dans tous les départements de notre région, il conviendra de surveiller là ou il y aura des constitutions de groupes La République En Marche ! … Et si par voie de conséquence certains exécutifs pourraient être bouleversés. Une chose est certaine ce matin, l’Occitanie est bien en marche. Et ce n’est donc peut-être pas totalement finie … Les épisodes à venir pourraient s’avérer passionnants.

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Julien Roux
Julien Roux
Julien Roux suit les élus, les mouvements citoyens et les équilibres politiques des territoires d’Occitanie.

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