Petits arrangements politiques autour du classement du canal du Midi

Publié le 15 novembre 2016 |

Par Michel SANTO – @michelsanto

Mardi 8 novembre, après-midi, une longue et forte délégation d’élus de la Région « Occitanie » était reçue par la directrice de cabinet de madame Royal. Sous la houlette de Carole Delga, présidente de la Région, suivaient Georges Méric, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne, le député Kader Arif, le sénateur Alain Chatillon, les maires de Ramonville et Auzeville et le premier vice-président du département de l’Aude, Hervé Baro, notamment… Il s’agissait pour eux de faire entendre leur voix après l’avis défavorable de l’enquête publique sur le projet de classement des abords du canal du Midi et avant la réunion de la commission des sites et paysages programmée le 17 novembre. Le canal du Midi est en effet menacé de déclassement par l’ Unesco , car les structures et les moyens de préservation de ce site sont notoirement insuffisants. De fait Voies Navigables de France (VNF), l’organisme gestionnaire du canal, n’a plus les moyens financiers suffisants pour entretenir l’ensemble de son patrimoine fluvial et immobilier et les maires des communes riveraines, en l’état actuel du droit, peuvent saborder ses abords en y créant des zones pavillonnaires ou des zones commerciales, par exemple. Dans un précédent billet j’avais relevé l’opposition des élus concernés par ce projet de classement du canal du Midi qui, dans une première mouture, proposait la création d’une zone tampon de 500 mètres de part et d’autre du canal – zone dans laquelle toute construction doit recevoir l’aval de l’architecte des Bâtiments de France .

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à contre-courant d’une histoire qui nécessite pourtant des mesures urgentes

Le maire de Sallèles d’Aude s’était dit à l’époque « d’équerre » et « KO », et celui de Paraza, s’inquiétait de l’atteinte à la liberté , pour ses administrés, de changer la couleur de leurs volets… Un autre aurait pu s’indigner aussi de ne plus pouvoir classer des vignes en terrains constructibles, pour le plus grand profit de viticulteurs à la retraite. Un état d’esprit général que résume assez bien le président du département de la Haute-Garonne : « Le canal est un bijou, notre trésor qu’il faut protéger mais pas au prix de la vitrification de ses abords, d’empêcher le développement économique du sillon Lauragais, qui comprend autoroute et voie ferrée ». Vitrification donc ! Bref, il convient , pour nos élus, de repousser cette procédure aux effets selon eux « cataclysmique » la plus loin possible dans le temps. Pour ce faire madame Delga aurait demandé à Ségolène Royal le report de la Commission nationale des sites et des paysages – et de son avis – le printemps prochain… Tout juste après, pur hasard, l’élection présidentielle et celle de nos députés. Autant dire que si cette proposition était retenue par la ministre de l’Environnement, l’affaire serait « gelée » pendant un bon bout de temps. Et ce à contre-courant d’une histoire qui nécessite pourtant des mesures urgentes, notamment juridiques, de sauvegarde et de protection… Étrangement, je constate aussi, que, sur ce canal et son classement, les Verts régionaux de monsieur Onesta sont, à ma connaissance en tout cas, muets comme des carpes. Manqueraient-ils à ce point d’oxygène ?

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Julien Roux
Julien Roux
Julien Roux suit les élus, les mouvements citoyens et les équilibres politiques des territoires d’Occitanie.

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