Les politiques face au tribunal du peuple

Publié le 20 février 2017 |

Par Stéphane BAUMONT

La vie politique telle que la campagne des Présidentielles nous la propose en ce moment, non seulement ne plaide pas pour la maturité politique des acteurs mais transforme l’inexpérience constitutionnelle de notre pays depuis 179, en inexpérience politique. C’est-à-dire dans une sorte de refus (obstiné ou inconscient ?) de tirer les leçons de la « Constitution de 1962 »; celle qui, en instaurant l’élection du Président de la République au suffrage universel, mettait, selon l’argumentation officielle, fin au régime des parties. « Pauvre » Général de Gaulle, s’il savait comment a été détourné sa philosophie politique … Les partis ayant d’autant plus pignon sur rue qu’ils désignent, par une procédure dont le bien-fondé reste à voir, les candidats à la présidentielle, donnant lieu à des précampagnes qui ressemblent tellement à la vraie que le candidat élu s’imagine et agit déjà comme un Président de la République ! Ajoutez à cela la médiatisation de l’affaire Fillon, le « cavalier seul » et à gauche et à droite de Macron, les innovations technologiques de Mélenchon, les traces politico-judiciaires de Marine Le Pen, la résolution indécise mais pleine d’arguments de Bayrou, la réapparition « soft » du « sortant sorti » Hollande qu’on destine déjà à l’Europe à la place de Junker, et vous aurez compris pourquoi experts et politologues découvrent à travers leurs chiffres, la « Négativité politique ». Une rupture du contrat de confiance, une défiance vis-à-vis non seulement des acteurs politiques, mais aussi des organisations et institutions politiques qui incarnent le pouvoir ou tout ce qui en approche. Ainsi seuls 11% des personnes interrogées déclarent faire confiance aux partis politiques, 28% au gouvernement, 34% à l’institution présidentielle (34% seulement !), 42% à l’Assemblée Nationale et 44% au Sénat. La politique est donc perçue comme le théâtre des coups bas (une affaire ne chasse plus l’autre), des ambitions, de toutes les trahisons, une arène où la fin justifie les moyens.

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L »action politique ne peut être pleinement bien perçue que si la légitimité la soutient

Ainsi c’est le rapport à la démocratie qui est ainsi souligné par les citoyens sondés : d’ailleurs 70% des Français déclarent que la démocratie ne fonctionne pas bien en France, 41% qu’il n’y a « pas de quoi être fier de notre système de gouvernement. » Ainsi vit-on, surtout en période électorale, un authentique paradoxe : les citoyens continuent d’adhérer aux valeurs fondamentales de la démocratie libérale et représentative, mais l’insatisfaction est immense quant à son fonctionnement. Il importe donc, comme le soulignent certains politologues de « mieux penser les contradictions et les liens entre démocratie représentative, démocratie directe et démocratie délibérative. Ainsi le « cas Fillon » pose toute une série d’interrogations relevant de ce que le livre de Pierre Rosanvallon appelle « la démocratie d’identification » (la qualité du lien entre gouvernants et gouvernés), relevant également de la confiance politique mise à mal et accroissant l’écart et les différentiels entre l’agenda politique proposé, sa philosophie de « probité », et le diagnostic posé sur le pays. Il ne doit pas y avoir de confusion : la légalité n’est pas la légitimité. L »action politique ne peut être pleinement bien perçue que si la légitimité la soutient ; le droit saisit depuis les années 90 la politique (et c’est tant mieux !) ; l’opinion de la majorité des citoyens fait l’objet de baromètre. Quant à la presse, contentons nous de lire (et de relire) l’auteur de « La démocratie en Amérique » qui écrivait il y a un siècle et demi : « C’est-elle – la presse – dont l’œil toujours ouvert met sans cesse à nu les secrets ressorts de la politique et force les hommes publics à venir tour à tour comparaître devant le tribunal de l’opinion ». Tribunal dont les décisions et les conclusions sont connues par les sondages d’abord, le bulletin de vote ensuite. Et le suffrage universel fait en sorte qu’il puisse toujours, en rendant son verdict, rendre la démocratie républicaine !

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Claire Martin
Claire Martin
Claire Martin coordonne la ligne éditoriale de Politic Région et couvre les institutions régionales, les campagnes électorales et la vie publique locale.

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